Raphaële George

Présentation

23 Novembre 2014, 18:41pm

Raphaële George (de son vrai nom Ghislaine Amon), peintre et écrivain, est née le 2 avril 1951 à Paris où elle a vécu et où elle est décédée le 30 avril 1985 à l’Hôpital St. Louis à l’âge de trente-quatre ans.  

Après son bac, elle entreprend des études d’économie à la Faculté d’Assas, études qu’elle interrompt en 1972 pour entrer à l’École Normale d’Instituteurs. Devenue institutrice, elle exerce ce métier jusqu’en 1979, année où elle obtient le CAPES d’Arts-Plastiques et un poste de professeur dans un lycée de la banlieue parisienne. Elle investit beaucoup sa nouvelle fonction et fait preuve, auprès de ses élèves, d’une grande inventivité.

Son premier livre, Le petit vélo beige, sort en 1977, aux Éditions de l’Athanor (collection Jean-Luc Maxence). Suivent des publications en revues (sous son nom ou celui de Laure Slausky) : Revue Champ SocialSgraffite, L’Humidité, Année Poétique Seghers 1977, Poésie 1, La Vie totale, Contre-Ciel… Elle écrit aussi quelques articles de critique littéraire dans Libération, et puis la même année fonde avec Mireille Andrès, Patrick Rousseau (transfuge de la revue Gramma) et Jean-Louis Giovannoni, Les Cahiers du double, revue de Littérature et de Sciences Humaines, qu’elle dirige ensuite avec ce dernier jusqu’en 1981.  

Les Cahiers du double s’ouvrent d’emblée à la philosophie, à la psychanalyse et la littérature, mélangeant les genres et les époques. Des textes de Georges Bataille, Michel Leiris, Pier Paolo Pasolini, Clément Rosset, Louis-Vincent Thomas, Maurice Roche, Jack Tieuloy, Michel Journiac, Ambroise Paré, Jean-Gaspard Lavater, Joyce-Carol Oates, Jean Reverzy, Roland Sublon, Raymond Federman, Ludovic Janvier, Jean-Pierre Chambon, René Nelli, Joë Bousquet, Erasme, René Belletto, Frédérick Tristan, Ahmad al-Qualyoubi, Georges Rodenbach, Henri Plard, André Delvaux, Sénèque, Charlie Raby, Jean Paulhan, Hubert Juin, Albert Béguin, Ferdinand Alquié, Louis Aragon, H.F. Amiel, John Donne, Eugénie Luccioni, Daniel Serceau, Danielle Sarrera, Alexandre Bonnier, Ernest Jünger, Marc Strauss, André de Richaud, Pär Lagerkvist, Christian Limousin, le dessinateur Aldo Guillaume Turin, Léonora Carrington, K. H. Stobl, Abu. Nasr. Al Sarradj, René R. Khawam, Claudine Hermann… sont publiés dans six forts volumes qui constituent l’ensemble de la revue. (Les Cahiers du double sont encore disponibles sur le site des Éditions Unes qui les ont inclus, en 1987, dans leur catalogue).

Les Cahiers du double ont été pour Raphaële George et Jean-Louis Giovannoni un laboratoire, un atelier au sens artisanal du terme, où ils purent non seulement s’essayer à l’écriture mais aussi partir à la découverte d’œuvres les plus diverses. Ce fut aussi, pour eux, un lieu où ils menèrent réflexions et échanges avec les écrivains invités à participer à la revue.

Parallèlement à ses activités littéraires, Raphaële George (à cette époque Ghislaine Amon) peint (Draps, Suaires…) et expose fréquemment seule ou en groupe ; elle illustre des tirages de tête pour les Éditions Unes (Charles Juliet, Jean-Louis Giovannoni).

Printemps-été 1978, à l’occasion d’une expo de groupe Polyfèmes, au Collège d’échanges contemporains à l’Abbaye de Saint-Maximin, elle rencontre pour la première fois Jean-Pierre Sintive. Lecture publique des Cahiers du double.  

Elle met en chantier, en 1978-79, avec son ami peintre Vincent Verdeguer, plusieurs Fresques murales éphémères, faites à deux sur les murs des entrepôts de Bercy à l’abandon à cette époque. 

Le 15 décembre 1980, elle expose à la Galerie Erval (rue de Seine) 40 portraits de Joë Bousquet entre la présence et l’absence, à l’occasion de la sortie de la revue Les Cahiers du double consacrée à cet auteur. Ces portraits sont peints sur papiers Canson et papiers calque. Succès, la plupart seront vendus lors de la soirée du vernissage. 

Fin 1980, Gilbert Lascaut écrit un texte sur la peinture de Ghislaine Amon (période 1978-1980), puis pour son expo à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, Belgique, en mars 1981. 

Cette même année, elle emménage dans un loft rue de Montreuil, Paris 11ème, son dernier domicile, où elle produit de nouveaux travaux : Pâtes à modeler sous plexiglas et Grandes stèles sur bois avec les mêmes matériaux que pour ses Fresques murales éphémères. (Ces séries sont conservées dans les Fonds d’Art Contemporain de la Ville-de-Paris).

En janvier-février 1982, elle entreprend une nouvelle Fresque murale éphémère, en solitaire, rue Hélène, Paris 17ème, à la demande de ses amies peintres : Danièle Gibrat, Monique Kissel et Barbara Pollak. Son travail restera visible pendant un mois. Entretien et vidéo de cette création. 

Exposition de peintures récentes à la Galerie Macondo, en février-mars 1982, à Bruxelles. 

Le 2 juillet 1982, elle participe avec Jean-Louis Giovannoni, sur France Cultureà l’émission Relecture d’Hubert Juin, autour de l’écrivain Joë Bousquet.  
Lancement, en octobre 1982, d’une petite maison d’édition : Bibliothèque du Double. Un seul volume paraîtra : La Confession publique, d’André de Richaud, préfacé par Pierre Seghers (repris dans le catalogue des Editions Unes). Plusieurs projets de publications : le Journal de Jean Reverzy et des inédits de Joë Bousquet. Le manque de finances empêchera leurs réalisations.  

Début 1984, Ghislaine Amon apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Elle est opérée et suit un traitement de chimiothérapie et rayons. Malgré son affaiblissement dû aux traitements, elle trouve la force de peindre et d’écrire un dernier livre : Psaume de silence. Livre composé à partir d’extraits de Suaires, manuscrit commencé dans les années 1977-78, et sur lequel elle fera souvent retour, en le réécrivant ou en utilisant des passages pour ses livres en cours, sans jamais vouloir le publier.  

Rencontre avec Claire Tiévant et Michel Camus à l’occasion de la parution du livre de Jean-Louis Giovannoni : Ce lieu que les pierres regardent, publié en 1984 aux Éditions Lettres Vives. 

Le 6 mars 1984, alors qu’elle est en pleine écriture de Nuits échangées, Ghislaine Amon décide de changer de nom d’écrivain et de ne plus signer, désormais, que sous le patronyme de Raphaële George.  

En mars 1985, les Éditions Lettres Vives publient : Les Nuits échangées suivi de l’Éloge de la fatigue, avec une préface de Pierre Bettencourt. Éloge de la fatigue rencontre un beau succès, plus de 1000 exemplaires sont vendus en moins d’un mois. Le Monde lui consacre un long article, signé Pierre Drachline, accompagné d’un portrait de Bérénice Cleeve ; article que Raphaële George n’aura pas la joie de lire, elle décède le 30 avril, deux jours avant la parution du Monde des livres.  

Psaume de silence, sera édité en avril 1986, aux Éditions Lettres Vives, pour le premier anniversaire de sa disparition. 

La même année, les Éditions Unes publient : Correspondance posthume imaginaire de Joë Bousquet à un jeune écrivain, écrit en collaboration avec Jean-Louis Giovannoni, en 1980, pour le numéro des Cahiers du double consacré à Joë Bousquet. Le livre paraît le 2 avril 1986 (date anniversaire de sa naissance) sous le titre : L’Absence réelle.

Acte de naissance de Raphaële George, écrit sur une feuille volante (de la main gauche) par Ghislaine Amon le 06.03.84

Acte de naissance de Raphaële George, écrit sur une feuille volante (de la main gauche) par Ghislaine Amon le 06.03.84

Paris le 6.3.84

Quelques mots avant l’endormissement comme si j’avais à la fois trop parlé et rien dit. Je change de nom pour renaître Raphaële George. Tout est à refaire entièrement – je dois aller jusqu’à changer d’équilibre. Je ne veux être pour personne. Seulement me cultiver dans un silence relatif, puisque tous ceux que je suis déjà et malgré moi, me regardent encore. Je voudrais pouvoir contempler mon silence comme une durée éternelle de la lenteur et sans fatigue. 

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