Raphaële George

Le petit vélo beige (extraits)

, 02:14am

 

Il faut lyncher jusqu’aux dernières images et ne pas laisser une seule bougie pour les anniversaires. J’ai eu des petites années et ne m’en souviens pas, ce n’est plus le moment de tamiser ce qui reste à vivre. Le crible : c’est jeter les mots au papier blanc, sans jamais craindre de se laisser prendre au visage. Apprendre à se cacher, à se joindre seule sans un regard entre les mots et soi. 

 

Page 49  © Editions Lettres Vives, 1993.

 

 

             Une fois les mots lus et retenus, je retourne à  mon opacité. Ne reste que journées flashes, limées par l’écriture. Entrez dans cette fausse mémoire fabriquée d’odeurs, de relents d’absence en voix diffuses sous forme de graffiti internes. Ces enfances dont on ne revient pas, la banalité de l’autre vie où les difficultés d’aujourd’hui se sont accrochées.

            Obligée de se nourrir. Obligée de se laver. La viande blanche. Un morceau dans le mauvais conduit. Tu me regardes de travers, un instant tu viens de comprendre que quelque chose ne tournait plus derrière mes yeux. 

 

Page 64 © Editions Lettres Vives, 1993.